Traverser le miroir

 Art  -  Architecture - Design critique

Après m'être servie du dessin pour mieux faire comprendre ce qui travaille à l’intérieur de mes créations sonores, j’ai étudié ce qui œuvre à l’intérieur de mon écoute lorsque je suis dans des environnements sonores naturels et/ou artificiels. J'ai dessiné ici mes ressenties pour aller au plus près des nuances de l’écoute, mais surtout pour révéler mon habiter/construire le paysage sonore.

 

L’expérimentation constructive, c’est-à-dire l’usage de modes d’exploration et de restitution particuliers, dont :

  • l’écouter/tracer du corps qui permet de mieux rencontrer lesdites présences et de mieux m’inscrire dans les mouvements. Cet écouter/tracer étant renforcé par un modus operandi spécifique, « la plongée », sorte de technique de chute, progressivement réelle, virtuelle me permettant de produire des ajustements posturaux très fins, puis de mémoriser les différents types de mouvements, transformations (j’utilise ici le terme de « mémoire plastique vive », que je différencie de la « mémoire immédiate» (mémoire à court terme, mémoire créative, qui est un retenir et réutiliser un nombre limité d’informations dans un temps relativement court), dans le sens où elle désigne un modèle modal de la mémoire, qui traite de la manière dont l’espace et les évènements occupent nos perceptions. Le terme veut dire que cette mémoire opère plastiquement. Son fonctionnement est spontané, éclectique. Elle produit elle même un espace intermédiaire, opportuniste, hybride, continu. Cet espace, que j’appelle également « aura active » n’a rien du subterfuge narratif, illustratif. Il constitue au contraire un sacré bout de connaissances concrètes des interactions entre gestes corporels réels ou imaginés et les gestes ambiants (le « déjà là » sans qu’on en ait forcément conscience : les effets de la forme construite, les effets climatiques, culturels et sémantiques). Je soutiens que la mémoire plastique vive rythme intrinsèquement nos gestes corporels. Ces derniers convoluent non seulement avec les gestes ambiants, mais continuent d’opérer à la fois dans l’Imaginé, puis dans nos représentations. (Parce que cette rythmicité convolutive est davantage plus intuitive que consciente, je tente de la repérer par le corps, c'est-à-dire un corps, qui se met à l'écoute et qui entre en mouvement avec,  un corps conducteur finalement du libre cheminer de ma main en train de tracer/dessiner cette rythmicité. On la voit alors apparaître dans mes dessins sous forme « d'inquiétude chorégraphique des lignes», d'élans à l’intérieur des points, lignes et zones). La philosophe Claire Petitmengin éclaire ce fonctionnement sous forme de réseau sémantique de « l'effort d'intuition ». Comme celui-ci, la mémoire plastique vive nous met en retrait. Comme lui, elle relève des états intermédiaires entre veille et sommeil. Elle transforme l’activité mentale. Elle transforme même la vision, (simultanéité du regard extérieur et intérieur). Cette transformation se caractérise par un ralentissement ou même un arrêt du flot des pensées, par l’apparition d’un mode de pensée imagé ou kinesthésique, [1]

  • le dessiner quasi aveuglément de mes ressenties qui montre non seulement qu’il est désormais plus vraiment possible de faire une distinction claire entre tracer/dessiner, motivation/motif et ce qui motive le motif, dedans/dehors, corps/espace, nature et culture. Or, comme la culture visuelle est dominante, ce qui veut dire qu’elle contamine notre langage, nos perceptions et nos représentations de la vérité; comme elle sépare nos sens et nous coupe des significations multi-sensorielles et des valeurs intensives, elle produit de l’incomplétude. Parce qu’elle cultive l’exclusion, elle nous rend inaptes de comprendre l’autre, autrement autre, de saisir le global dans le local, de nous comprendre en tant que créatures parmi d’autres créatures tempérées. Par là nous commettons des erreurs d’appréciations et portons des jugements, qu’il s’agit de faire évoluer.

Pour traverser le miroir, j’ai commencé à utiliser mes dessins, comme potentiellement fondateurs de designs critiques, comme plans et lignes de conduite pour imaginer des constructions moins centrées, moins hiérarchiques. 

[1] Pour citer ce texte:  BAK Eléonore Habiter l'in-vu Formes de visualisations sonores, thèse de doctorat en architecture, dirigée par CHELKOFF Grégoire et  préparée au sein du laboratoire CRESSON, École doctorale 454 Sciences de l'homme du politique et du territoire, Université de Grenoble et soutenue le 30 juin 2016  à l'École nationale supérieure d'architecture de Grenoble   p 345

 

 De la 2 D au mouvement

 

 

Fontaine Henri Milo Clans

 

Eléonore Bak©2012

 

 

 

Dépôt légal SACD N° 274641

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