Grands Résonateurs



Les Grands Résonateurs tirent leur origine d'une réflexion sur le paysage invisible. Eléonore Bak envisage ce dernier comme réservoir

de nouveaux gestes et perceptions possibles.    

L’artiste a d'abord exploré le jardin du cloître de la Chapelle de l'Observance à la recherche de phénomènes sonores caractéristiques.
Elle y a identifié un ensemble de fréquences et de dynamiques ondulatoires, qu'elle a ensuite retranscrit sous forme de sculptures en verre.
Les volumes sont creux, plus ou moins longs, étroits, plus ou moins lisses, cannelés. Ils présentent des ouvertures des deux côtés,

qui favorisent la libre circulation de l’air et des sons in situ in vivo et qui font office d’appareillage auditif (écoutoir) et  -oculaire (longue vue).
Le procédé de fabrication et la qualité du verre ne sont pas innocents. Le verre est traditionnellement utilisé en pétrochimie. Parce qu’il est soufflé à la machine — ce qui permet des réalisations très précises et reproductibles — que l’artiste a pu concevoir ses formes au millimètre près. Cela lui a été clairement nécessaire pour obtenir les résonances souhaités.
Capable de supporter des très grandes pressions et températures (jusqu'à 1200 °, tout en restant froid à l’extérieur), le verre lui a permis

de travailler avec le climat ambiant. Les résonateurs conservent l'humidité nocturne, qu'ils stockent assez longtemps. Exposés au soleil,
ils se réchauffent. Comme l’air y est en plus contraint par des goulots d’étranglement, cela génère une certaine dynamique interne:

des courants et mini-turbulences se forment. Le duo humidité/chaleur confère une certaine atmosphère interne aux résonateurs, qu'on peut entendre (sons plus ou moins humides, lourds, flottant, tourbillonnant, harmonieux, nets) et sentir sous forme de légère pression et d’autres effets tactiles.

L'artiste joue en plus avec l’architecture et l’acoustique ambiante. Elle vise des antres, cavités et murs réfléchissants du cloître pour amplifier les sons et pour les enrichir d’effets de réverbération, d'écho et de contremur par exemple, que l'auditeur explorateur peut vivre, reconnaître par deux fois, c’est-à-dire à l’ouïe et à la vue. Ainsi peut-il éprouver les différentes tonalités et effets acoustiques et contempler l’en-dedans des volumes sculptés, comparer leurs formes et modelages. L’artiste lui offre aussi des perspectives et des vues sur des détails paysagers et architecturaux, qui expliquent à la fois l’origine des signatures sonores spécifiques du lieu et les causes des résonances propres à chaque résonateur.

Les sculptures et leur dispositif d'installation permettent  donc: de produire des  types très concrets de fréquences et d’ondulations; de laisser l’architecture et la nature jouer leurs rôles; d’accéder à un autre type de paysage, plus discret, mais davantage plus révélateur de ce qui fait l’essence du lieu, ce dernier étant tout à la fois guide et résultat d'une interaction corps/oeuvre/milieu.
Ils permettent finalement à l’artiste d’affirmer son ambition: non pas s'inspirer de la nature, mais s'abandonner à elle afin de connaître ce qui reste encore à chercher, à rechercher et à construire.

Ils ont été présentés pour la première fois à la Chapelle de l’Observance, 2-86 Montée du Rigoulier, Draguignan dans le cadre de l’exposition Esprits des lieux ( 3 juin au 18 septembre 2022), sous le commissariat de Milan GARCIN qui a réuni les artistes Eléonore BAK, Camille GRANDVAL et Damien MACDONALD.



 

Eléonore Bak
Grand Résonateur

1520 cm      

⦰ 250 … 70 cm

Esprits des lieux

Chapelle de l’observance
Draguignan
3 juin au 18 septembre 2022